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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 07:53

Libération du 13/09/2010

SOCIÉTÉ 13/09/2010 À 00H00

«L’environnement et la nutrition en cause»

INTERVIEW

Bernard Jegou, directeur de recherche à l’Inserm, analyse les facteurs à l’origine du phénomène :

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Par ERIC FAVEREAU

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Que penser des dernières études américaines qui tendent à montrer une précocité de la puberté ? Bernard Jegou, auteur de la Fertilité est-elle en danger ?, écrit avec Pierre Jouannet et Alfred Spira (1), fait le point. Entretien avec ce directeur de l’unité Inserm 625 (Institut national de la santé et de la recherche médicale), Groupe d’étude de la reproduction chez l’homme et les mammifères (GERHM) au sein de l’université de Rennes-I et président du Conseil scientifique de l’Inserm.

 

Des filles pubères de plus en plus jeunes, est-ce une tendance lourde ?

Il faut d’abord préciser ce qui caractérise la puberté et distinguer l’évolution de la puberté chez les filles et les garçons. La puberté est caractérisée par la maturation du système hormonal qui est très complexe, par le développement des caractères sexuels secondaires (pilosité, voix, seins…), l’accélération de la croissance, puis la capacité à se reproduire. Les critères sont plus faciles à déterminer chez la fille car la pousse des seins et l’apparition des premières règles sont aisément repérables. C’est ainsi que nous disposons sur elles de données anciennes et récentes, pour la plupart provenant des Etats-Unis et des pays scandinaves. Les données historiques des pays nordiques indiquent qu’au XIXe siècle, les premières règles survenaient autour de 18 ans. Cet âge a ensuite régulièrement diminué pour se stabiliser au cours de la deuxième moitié du XXe siècle : entre 12 et 13 ans et demi dans les pays industrialisés, mais plus tard, d’une à plusieurs années, dans les pays en voie de développement.

Le phénomène se limite-t-il à l’apparition de règles plus précoces ?

Non. Sur le développement des seins on dispose depuis plusieurs années d’études américaines, et aujourd’hui un consensus se dégage pour dire que la poussée des seins se produit plus tôt. Plus troublant, on a pu noter que ce phénomène se poursuit entre les années 70 et le début du XXIe siècle, alors que l’âge des premières règles est resté à peu près stable au cours de la même période.

Et chez les garçons ?

C’est plus compliqué, faute de critères facilement quantifiables. Il y a bien la mue de la voix, mais tout cela reste difficile à objectiver à l’échelle de la population. On ne peut donc pas dire grand-chose pour les garçons.

Y a-t-il d’autres études sur lesquelles s’appuyer ?

Oui, car là nous n’avons évoqué que les situations dites normales ou générales. Mais il y a aussi ce que j’appelle les situations accidentelles. On dispose au moins de trois exemples bien documentés, dans les années 70-80, à Porto Rico, dans la région de Milan mais aussi en Chine où on a pu noter qu’une exposition à certaines substances chimiques avait eu un effet direct sur la puberté.

Mais comment expliquer cette tendance au rajeunissement de l’âge de la puberté ?

Les origines du phénomène peuvent être multifactorielles. Depuis le XIXe siècle, tant de choses ont changé ! Aux Etats-Unis, l’hypothèse récurrente est qu’il existe un lien avec l’épidémie d’obésité. Il y a notamment une hormone importante produite par le tissu graisseux (la leptine) et qui est connue pour influencer le démarrage de la puberté. Toutefois, les recherches danoises n’établissent pas de relation entre les phénomènes. Une autre hypothèse concerne l’exposition à des agents environnementaux. L’exposition à des produits chimiques joue peut-être aussi un rôle. Une étude belge a établi une relation entre la puberté précoce plus fréquente chez les fillettes issues de l’émigration que chez celles originaires de Belgique. Nous disposons aussi de données sur l’animal qui indiquent que certains produits chimiques présents dans l’environnement perturbent le déroulement de la puberté. Ces deux hypothèses peuvent se combiner dans la mesure où de nombreux agents chimiques, tels que les pesticides, s’accumulent dans la graisse et que si celles-ci sont plus abondantes, la «charge» en polluants est susceptible de s’accroître.

Et les facteurs génétiques ?

La dernière étude américaine donne des chiffres clairs : à 7 ans, plus d’une petite fille d’origine caucasienne (blanche) sur 10 montre des signes de puberté, mais cela concerne près d’un quart des fillettes noires et 15 % des fillettes d’origine hispanique. A 8 ans, près de 20 % des petites filles, toutes origines confondues, ont des poils pubiens tandis que ces chiffres grimpent à plus de 30 % pour les enfants noirs. Il y a donc des différences claires d’ordre génétique.

Cette étude indique aussi qu’alors que l’incidence de la précocité de la pousse des seins a doublé chez les fillettes blanches, elle s’est stabilisée, voire même a diminué, chez les fillettes noires pourtant historiquement les plus affectées par le phénomène (à 8 ans, 48 % des fillettes étaient concernées en 1997, contre 43% aujourd’hui). La difficulté est de pouvoir distinguer la contribution de la génétique de la part imputable à l’environnement incluant le contexte dans lesquels vivent ces populations : nutrition, exposition à la pollution, stress et même statut socio-économique. Les facteurs d’alimentation sont, de toute façon, très importants et il est probable que l’avancée de l’âge de la puberté est liée pour une part au fait que la malnutrition a reculé depuis le XIXe siècle dans nos pays développés.

Faut-il être inquiet de cette évolution ?

Si une meilleure alimentation a probablement contribué à la baisse de l’âge de la puberté, la question se pose maintenant de connaître ce que pourrait être l’impact de la suralimentation, tant chez la mère que chez le nourrisson. Cela peut encore accentuer le phénomène de précocité et susciter des inquiétudes sur le long terme. En effet, on sait aujourd’hui que les femmes ayant eu leurs règles très tôt présentent un risque accru de survenue du cancer du sein. On ne peut donc pas exclure des conséquences à moyen ou long terme sur la santé humaine.

(1) Edition La Découverte, 2010.

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